TRAVAUX PERSONNELS

Ici, vous trouverez mes inspirations, mes essais, mes projets personnels.

 

"L'important n'est pas tant le sujet, mais la manière dont on le regarde."

Je n'avais jamais réellement saisi le sens de cette phrase, et compris en quoi elle me touchait, me parlait pleinement

J'ai compris tout ça il y a peu de temps. Au moment où j'ai réalisé vers quoi j'orientais ma pratique ces derniers mois, notamment avec les danseur·se·s.

J'ai commencé à les prendre en photo il y a quelques années. Alors, je ne cherchais qu'une chose : la perfection. Dans le geste, son intensité, sa technicité. Je voulais des mouvements "propres", bien alignés, des pieds pointés, des jambes tendues, des symétries au millimètre près. Je me concentrais sur l'aspect technique de la danse, et de la photo aussi. Parfois on l'atteignait, et d'autres fois on ne faisait que s'en approcher.

Et puis au fur et à mesure, j'ai commencé à apprécier les "ratés", le mouvement qui n'est pas lancé assez fort, assez loin, assez vite pour atteindre son paroxysme. J'ai apprécié les déclenchements "juste avant" ou "juste après" le sommet de l'intention, les flous, les coupés.

Au fil des shootings, j'ai intégré l'énergie émotionnelle du mouvement. Je me suis rappelé que la danse était avant tout un moyen d’expression, un medium pour « sortir ses tripes ». Et j’ai voulu explorer cette vulnérabilité dont font preuve les danseur·se·s lorsqu’iels lâchent prise. Lorsque la technique est tellement ancrée dans les muscles que la tête abandonne le contrôle et que le cœur s’exprime.

Les sujets restent les mêmes : des corps en mouvement. 

Ma manière de les regarder diffère : comme des corps, un ensemble de muscles et d’articulations qui travaillent pour la rigueur d’un geste superficiel. Ou comme un être profond, dont les émotions et les ressentis fabriquent le mouvement.

C’est désormais cette justesse là que je cherche. Grâce à mon expérience et à ma sensibilité, je réussis à appréhender le mouvement, à visualiser sa fin, le moment où il sera le plus fort, le plus profond, l’instant pendant lequel il transmettra le plus d’intensité et d’émotions.

Cette recherche d’émotions, de profondeur, se retrouve également dans mes reportages. Mon attrait pour ce type de photo me permet d’être réactive et de trouver les sourires, les regards, les contacts. Tous ces détails qui font l’instant. Toutes ces expressions, ces gestes qui pourraient passer inaperçus. Tout ce qui n’est pas posé, anticipé, préparé d’avance. Tout ce qui est spontané, imprévu, qui ne dure que quelques secondes, et finit par s’échapper. Je cherche le naturel, ces moments de lâcher-prise, où les personnes ne contrôlent plus autant leurs réactions. Les moments vrais.

 

 

A vrai dire, l’ensemble de ma pratique pourrait se résumer à regarder les choses avec un œil différent de celui de « la première impression ». Une main est une émotion, des spaghettis dans un bocal se transforment en tourbillon, un reflet devient un nouvel horizon.

Il suffit de changer d’angle, prendre de la hauteur ou se rapprocher du sol, attendre le soleil ou l’ombre qui mettra en évidence l’esthétique et la matière.

En une phrase, chercher au-delà de l’apparence et guider le regard pour révéler la beauté dans toute chose.